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  4. L’envie d’essayer autre chose

    Pio Marmaï, le beau gosse révélé dans Le Premier jour du reste de ta vie mène sa barque joliment. Des rôles physiques et rudes, puis une fois la maturité atteinte avec Un heureux événement, son jeu apparaît plus intime, plus fragile aussi, dans le dense Alyah d’ Elie Wajeman, en salles cette semaine. Petite discussion sur la Croisette avec un acteur en mouvement.

    Qu’est-ce qui vous a touché dans le personnage d’Alex ?


    Ce qui m’a touché dans le personnage d’Alex, c’était sa complexité, sa fragilité aussi, c’est-à-dire ce jeune qui décide sur un coup de tête de fuir une vie qui est faite de galères permanentes pour rejoindre une forme d’eldorado, qui au final ne le sera pas tant que ça. Ce qui me touche là-dedans, c’est cet espèce d’accomplissement de soi dans une fuite. Je crois que c’est ça. A la fois de se dire que ça va être mieux ailleurs, et à la fois de se rendre compte que ça ne règle pas les problèmes.

    Et en même temps, il va prendre une décision pour la première fois et s’y tenir…

    C’est ça. Ce passage à l’acte. Tiens, pour une fois, je vais faire quelque chose et je vais y aller jusqu’au bout. Dans la douleur, mais aussi avec des moments très légers, mais d’aller au bout de quelque chose.

    C’est aussi une manière pour lui de s’échapper de la relation très forte avec son frère Isaac.


    C’est une relation très complexe, parce qu’au fond, Alex a envie de lui dire «Je t’aime» ou «Aime-moi». Je pense qu’il y a un réel amour entre les deux. Mais ils sont dans un tel rapport de violence, de taxation de fric, de pression psychologique permanente que c’est une relation qui est vouée à une forme d’échec quelque part. C’est terrible à voir, mais du coup, ça donne un sentiment d’âpreté, de dureté supplémentaire. Mais c’est un vrai poids, c’est quelqu’un qui l’écrase en permanence et je pense que c’est l’élément principal déclencheur de ce départ, c’est son frère. En plus, la relation qu’il a avec son père est extrêmement dure, il a aussi une relation sentimentale un peu foireuse. Et c’est marrant justement, parce qu’au moment où ça commence à être bien, il s’enfuit. Mais on ne sait pas si il y retournera après, on se raconte ce qu’on veut.

    C’est intéressant car on a l’impression que ce rôle vous amène sur un autre registre, comme si vous aviez mis de côté votre jeu physique pour un rôle plus intime, plus intérieur…

    Oui, c’est un rôle qui n’était pas évident à gérer parce que c’est un personnage qui est beaucoup dans l’écoute, qui impacte un peu les choses, qui en prend plein la tronche. C’est un peu une suite d’événements, c’est une somme de coups, de choses et en même temps de bonheur à certains moments. Mais c’est marrant, j’avais le sentiment d’être une sorte d’éponge, d’essayer de chopper le plus de choses qu’on me donnait et c’est aussi parce que j’avais des supers partenaires qui m’ont bien aidés. Et cette histoire de retenue, c’est aussi parce qu’Elie Wajeman m’a amené vers ça. Et puis, c’est aussi l’envie d’essayer autre chose, un autre type de jeu et ne pas forcément être dans une démonstration permanente de ce que racontent les séquences, on peut aussi être dans un ailleurs, dans quelque chose de très simple et ça fonctionne aussi. Ça fait aussi partie de la vie d’un acteur d’essayer autre chose, de ne pas se reposer sur les acquis. Sinon, ça n’a pas d’intérêt.

    Vous aviez senti l’univers d’Elie Wajeman, très dense, dès la lecture du scénario ?


    Il y avait une force dès la lecture du scénario, je sentais vivre les séquences et je sentais que ça allait donner du jeu, à voir, ça allait être beau. En tous cas, je trouvais qu’il y avait de la bonne matière à jouer. Du coup, on s’est dit oui après 55 essais différents pour être sûrs.

    Pour lui, la foi en ses personnages est essentielle. Ça a dû vous porter en tant qu’acteur ?

    Il a vraiment un regard amusé et touché de ses personnages. Il essaye toujours - pas de les sauver parce qu’un personnage n’a pas besoin d’être sauvé - mais il a toujours une certaine douceur avec eux, même les plus durs. Ça se sent et c’est très agréable de travailler avec quelqu’un qui a ce regard-là.

    Le film comporte également quelques moments de comédie malgré cette tragédie latente.


    Bien sûr. Il y a des moments de légèreté qui amènent une respiration sur le film. C’est pas parce qu’on traite de sujets un peu durs qu’il faut être dans le pathos permanent. Ça n’est pas au service de ce qu’on propose. Une personne malheureuse qui te dit «Je vais très mal dans ma vie» en souriant, je trouve que c’est un truc qui est bouleversant.

    Et là, quels sont vos prochains projets ?

    Je viens de terminer un premier long-métrage de Nicolas Mercier, qui est scénariste, avecEddy MitchellChantal Lauby et Jérémie Elkaim. Ça devrait sortir au début de l’année prochaine. Et là, je vais travailler avec Pierre Salvadori en octobre. Mais là, on est tous fier de présenter ce projet-là et on a envie que ça se passe bien pour la suite. On a envie qu’il soit vu quelque part, parce que c’est un beau film. Donc on va au charbon.

    source : toutlecine.com

     
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